Arsène Ntambuka, le banquier de terrain chargé d’élargir le territoire de l’assurance-vie congolaise

En République démocratique du Congo, l’assurance ne se gagnera pas seulement dans les conseils d’administration ou par la sophistication des produits. Elle se construira au contact d’une population encore largement éloignée des mécanismes formels de protection, dans la capacité à transformer une promesse financière en solution simple, accessible et crédible. C’est précisément à cette frontière qu’évolue Arsène Ntambuka. Directeur général d’Afrissur depuis mars 2025, il arrive dans l’assurance-vie après plus de quinze années passées à parcourir les différents étages de la banque, des opérations quotidiennes au développement commercial national.
Sa trajectoire possède une cohérence rare : elle relie l’exécution, la proximité avec le client, le pilotage d’agences, la connaissance des économies provinciales et la conception de solutions financières. À la tête d’Afrissur, société détenue à 99 % par Trust Merchant Bank, il ne change pas entièrement d’univers. Il prolonge, dans un autre métier du risque, un apprentissage construit au sein du principal actionnaire de la compagnie. Mais le mandat est d’une autre nature : il s’agit désormais de contribuer à installer la culture de l’assurance-vie dans un pays où le marché progresse rapidement, tout en restant encore faiblement pénétré.
Une ascension construite depuis les opérations
Arsène Ntambuka entre à la Trust Merchant Bank en septembre 2009 comme agent des opérations diverses à Goma. Ce point de départ dit beaucoup de la suite. Avant de diriger, il apprend la banque par ses mécanismes les plus concrets : la fiabilité des traitements, le respect des procédures, la précision documentaire et la relation quotidienne avec les clients. En janvier 2010, il devient chef du service des opérations diverses. Moins de deux ans plus tard, la TMB lui confie la direction de son agence de Bukavu.
Le passage de Goma à Bukavu marque son premier véritable changement d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de maîtriser les opérations, mais de tenir une agence, d’animer une équipe, de développer une activité et de représenter l’institution dans son environnement économique. En avril 2013, il prend la tête de l’agence TMB de Goma. Ces responsabilités exercées dans l’Est de la RDC lui donnent une connaissance directe d’un territoire où se croisent commerce transfrontalier, entrepreneuriat local, agriculture, services, contraintes logistiques et besoins de financement.
En août 2015, il devient Business Manager pour l’Est de la RDC. Son périmètre dépasse alors l’agence pour embrasser une région, ses clientèles et ses opportunités. Trois ans plus tard, il rejoint Kinshasa comme Business Development Manager. La progression est nette : parti du traitement des opérations, il accède à la stratégie commerciale et au développement de nouveaux marchés.
Cette évolution n’est pas seulement verticale. Elle traduit un élargissement continu de sa compréhension du métier financier. En 2018, il intervient sur le financement des chaînes de valeur du café et du cacao. Plus tard, il porte publiquement l’offre de crédit-bail de la TMB auprès des entreprises, en mettant en avant les besoins d’investissement des secteurs minier, agroalimentaire, logistique et des travaux publics. Son rôle consiste alors à rapprocher les produits de la banque des réalités productives du pays.
De la banque à l’assurance, une continuité stratégique
La nomination d’Arsène Ntambuka à la direction générale d’Afrissur en mars 2025 constitue une rupture sectorielle, mais pas une rupture de logique. La banque et l’assurance reposent sur des temporalités, des réglementations et des techniques distinctes. Elles partagent cependant une même exigence : bâtir la confiance, évaluer le risque, distribuer des produits financiers compréhensibles et tenir les engagements pris envers le client.
Son expérience bancaire lui apporte ici un atout essentiel : la connaissance des circuits de distribution et des comportements de clientèle. Dans l’assurance-vie congolaise, le défi ne consiste pas uniquement à concevoir des contrats. Il faut expliquer leur utilité, réduire la distance entre l’assureur et l’assuré, adapter les mécanismes de souscription aux revenus disponibles et organiser une exécution irréprochable au moment du sinistre. La crédibilité du produit se joue autant dans sa conception que dans la qualité de sa délivrance.
Afrissur opère précisément sur ce terrain. Créée en mars 2019 et agréée par l’Autorité de régulation et de contrôle des assurances en juin 2020, la compagnie couvre principalement les risques liés au décès, à l’invalidité et à la retraite. Sa mission déclarée est d’accompagner le passage des formes communautaires et informelles de solidarité vers des solutions individuelles et collectives structurées.
Pour Arsène Ntambuka, le mandat consiste donc à transformer une ambition d’inclusion en modèle opérationnel soutenable, sous les contraintes propres au métier : tarification du risque, constitution des provisions, solvabilité, réassurance, conformité et qualité du service.
L’inclusion comme terrain d’exécution
Les premières initiatives publiques associées à son mandat éclairent l’orientation prise. En mai 2025, à l’occasion du lancement d’un projet pilote de formalisation des petits et micro-entrepreneurs, Afrissur présente une couverture conçue pour les artisans et entrepreneurs, prévoyant notamment un capital en cas de décès ou d’invalidité.
L’enjeu dépasse le lancement d’un produit. Il consiste à faire entrer dans le champ assurantiel des travailleurs dont l’activité, souvent informelle, reste particulièrement exposée aux chocs personnels et familiaux. Lorsqu’un entrepreneur individuel disparaît ou devient invalide, le risque ne concerne pas seulement son activité : il peut fragiliser tout un ménage, interrompre des revenus et détruire un outil économique patiemment constitué.
En juin 2026, Afrissur figure également parmi les assureurs engagés dans une convention destinée à structurer la protection des exploitants miniers artisanaux, aux côtés du Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. Le dispositif annoncé porte sur des risques aussi fondamentaux que la santé, le décès et l’invalidité. Dans un secteur où la vulnérabilité physique et économique des travailleurs demeure élevée, l’assurance devient ici un outil de formalisation sociale autant qu’un service financier.
Ces projets révèlent le cœur du défi confié à Arsène Ntambuka : atteindre des populations nombreuses, mais difficiles à servir par les modèles classiques. Sa culture du réseau, acquise à Bukavu, Goma puis à l’échelle de l’Est, et son expérience du développement commercial constituent des leviers pertinents.
Elles ne garantissent pas, à elles seules, la réussite. Celle-ci dépendra de la maîtrise technique des engagements, de la capacité à construire des partenariats solides, de la simplicité des parcours clients et, surtout, de la confiance créée par le règlement effectif des prestations.
Diriger dans un marché en accélération
Le contexte ouvre une fenêtre importante. Selon l’ARCA, le marché congolais des assurances a généré 377,89 millions de dollars de primes en 2024, en progression de 16,17 % sur un an. L’assurance-vie en représentait 35,10 millions, tandis que le taux global de pénétration du secteur atteignait seulement 0,53 %. Cette combinaison est décisive : la croissance est réelle, mais l’espace à conquérir reste considérable.
Dans ce marché encore jeune, la compétition ne se jouera pas uniquement sur les parts de marché. Elle se jouera sur la pédagogie, la distribution, la qualité des données, la discipline prudentielle et la capacité des assureurs à concevoir des protections compatibles avec la structure des revenus congolais.
Elle se jouera également dans les synergies entre banque et assurance. L’actionnariat de la TMB place Afrissur dans un écosystème susceptible de faciliter l’accès aux clientèles, aux entreprises et aux canaux de distribution. Encore faut-il convertir cette proximité institutionnelle en valeur tangible pour les assurés.
La formation d’Arsène Ntambuka accompagne cette trajectoire. Titulaire d’une licence en gestion des entreprises et sciences économiques de l’Université libre des Pays des Grands Lacs à Goma, il a complété son parcours par le diplôme de l’Institut technique de banque de l’École supérieure de la banque. Sa formation technique A2 en électricité industrielle à l’ITIG ajoute un premier socle orienté vers les systèmes, la méthode et la résolution de problèmes.
L’ensemble dessine moins le profil d’un théoricien de l’assurance que celui d’un dirigeant façonné par l’exploitation, le commerce et la progression interne.
À la direction générale d’Afrissur, Arsène Ntambuka se trouve désormais devant son épreuve la plus structurante. Il lui revient de faire grandir une compagnie dans un secteur porteur sans sacrifier la rigueur qui fonde la confiance assurantielle. Son parcours montre qu’il connaît la distance entre un produit financier et son adoption réelle. La suite permettra de mesurer sa capacité à transformer cette connaissance du terrain en une assurance-vie plus accessible, plus lisible et durablement installée dans les habitudes économiques congolaises.
Oswald F



