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Willy Mulamba, le banquier appelé à réinventer la puissance d’EquityBCDC

À la tête d’EquityBCDC depuis novembre 2024, Willy K. Mulamba conduit l’une des transformations bancaires les plus stratégiques de République démocratique du Congo. Après près de deux décennies passées dans l’environnement exigeant de Citibank, ce spécialiste des marchés, de la trésorerie et de la gouvernance doit désormais réussir un changement d’échelle : transformer une grande institution financière en banque profondément numérique, inclusive et capable d’accompagner les ambitions économiques d’un pays-continent. Son mandat se joue à la croisée de la rentabilité, de la confiance, de la maîtrise du risque et de la démocratisation des services financiers.

Il existe une différence fondamentale entre administrer une banque et la faire entrer dans une nouvelle époque. La première responsabilité exige de protéger les équilibres, de maîtriser les risques et de garantir la conformité. La seconde impose d’élargir le marché, de transformer les usages, d’investir dans la technologie et de rapprocher l’institution de millions de clients encore insuffisamment servis.

C’est précisément à cette frontière que se situe aujourd’hui Willy Mulamba.

Depuis le 6 novembre 2024, le banquier congolais dirige EquityBCDC, l’une des institutions financières les plus importantes de République démocratique du Congo. Sa nomination ne marque pas simplement l’arrivée d’un nouveau directeur général. Elle correspond à une phase décisive pour une banque systémique qui doit simultanément préserver sa solidité, accélérer son intégration au sein d’Equity Group et devenir un instrument plus puissant de financement de l’économie congolaise.

Pour Willy Mulamba, le défi est considérable. Il ne s’agit plus seulement de répondre aux besoins des grandes entreprises et des institutions. Il faut construire une banque capable de servir les groupes miniers, les PME, les commerçants, les entrepreneurs, les femmes actives, les agriculteurs, les jeunes et les millions de Congolais encore éloignés des circuits financiers formels.

Une carrière façonnée par la rigueur internationale

Le parcours de Willy Mulamba permet de comprendre pourquoi Equity Group lui a confié cette responsabilité.

Formé en économie appliquée à l’Université de Liège, en Belgique, puis en banque, finance et droit à l’Université Paris-Saclay, en France, il a également approfondi ses connaissances économiques à l’University of North Texas, aux États-Unis. Cette formation internationale lui apporte une lecture transversale de la banque : compréhension des marchés, analyse du risque, maîtrise de l’environnement juridique et capacité à interpréter les grands équilibres économiques.

Ses premières expériences professionnelles se déroulent aux États-Unis, notamment dans des fonctions d’analyse financière. Mais c’est en 2007 que commence la séquence la plus structurante de sa carrière, lorsqu’il rejoint Citigroup Congo comme trésorier.

Dans une banque internationale comme Citi, la trésorerie ne constitue pas une simple fonction technique. Elle se trouve au centre des questions de liquidité, de change, de gestion du bilan, de conformité et de relation avec les grands clients. En République démocratique du Congo, où l’économie demeure fortement dollarisée et exposée aux variations du secteur extractif, cette fonction offre un poste d’observation privilégié sur les fragilités comme sur les potentialités du système financier.

Willy Mulamba progresse au sein de l’institution jusqu’à devenir directeur général adjoint, responsable des marchés et de la trésorerie, administrateur, puis directeur général de Citigroup Congo. Cette ascension révèle une évolution déterminante : celle d’un technicien de la finance devenu dirigeant de banque.

Son passage à la direction de Citi l’installe au cœur des relations entre le secteur bancaire, les grandes entreprises, les investisseurs internationaux, la Banque centrale et les pouvoirs publics. Il y acquiert une culture de la discipline financière dans laquelle la croissance ne peut être dissociée du contrôle, de la conformité et de la qualité des actifs.

Du banquier d’institution au porte-voix du secteur

La trajectoire de Willy Mulamba prend une dimension plus large lorsqu’il accède à la présidence de l’Association congolaise des banques. Cette fonction le place au-delà des intérêts d’une seule institution. Il devient l’un des interlocuteurs de la profession bancaire face aux autorités monétaires et aux transformations du marché.

À ce niveau, les sujets changent d’échelle. Il faut défendre la stabilité du système, réfléchir à la modernisation des paiements, accompagner l’évolution réglementaire, encourager le renforcement des fonds propres et poser la question du financement à long terme de l’économie.

Son passage à la tête de l’association professionnelle lui permet surtout d’observer un paradoxe congolais persistant. La RDC dispose d’un immense potentiel économique, d’une population nombreuse, d’un tissu entrepreneurial dynamique et de ressources naturelles considérables. Pourtant, l’accès aux services financiers, au crédit et aux instruments d’investissement demeure limité pour une part importante de la population et des entreprises.

Le problème n’est donc pas uniquement bancaire. Il concerne la capacité du système financier à devenir un véritable accélérateur de production, de transformation locale, d’emploi et de formalisation économique.

Willy Mulamba conserve aujourd’hui une responsabilité au sein de l’Association congolaise des banques, où il occupe la fonction de troisième vice-président. Cette continuité entretient un lien stratégique entre la direction d’EquityBCDC et les débats qui structurent l’avenir du secteur.

EquityBCDC, le changement d’échelle

En février 2024, Willy Mulamba rejoint l’environnement d’Equity Group comme consultant auprès du bureau du directeur général du groupe à Nairobi. Quelques mois plus tard, il est nommé directeur général et administrateur d’EquityBCDC.

Ce passage de Citibank à EquityBCDC constitue une rupture importante.

Citi évolue principalement dans une banque institutionnelle spécialisée, orientée vers les grandes entreprises, les opérations internationales, les marchés et la gestion de clients complexes. EquityBCDC porte une ambition beaucoup plus large. La banque doit servir les grandes organisations tout en développant des solutions destinées aux ménages, aux PME et au secteur informel.

Willy Mulamba passe ainsi d’un modèle fondé sur la profondeur des relations institutionnelles à un modèle reposant aussi sur le volume, la proximité, la distribution et l’inclusion financière.

Cette transition exige de conjuguer deux cultures. La première est celle de la rigueur internationale, du risque et de la conformité. La seconde est celle de la banque de masse, où la technologie, l’accessibilité, la vitesse d’exécution et la qualité de l’expérience client deviennent déterminantes.

Sa méthode repose sur trois leviers : la confiance, la technologie et les talents. Derrière cette formulation se dessine une équation managériale précise. La confiance doit être restaurée ou consolidée auprès des clients et des équipes. La technologie doit permettre de réduire la dépendance aux agences physiques. Les talents doivent porter la transformation au-delà des seules décisions du comité de direction.

Une banque plus grande, mais surtout plus proche

La première année complète du mandat de Willy Mulamba a été marquée par une progression significative de l’activité. En 2025, EquityBCDC a déclaré environ 2,4 millions de clients, contre 1,92 million un an plus tôt. Le nombre de comptes est passé de 2,68 millions à 3,55 millions.

La banque a terminé l’exercice avec un total de bilan d’environ 5,46 milliards de dollars, des dépôts proches de 4,22 milliards et un portefeuille de crédits à la clientèle d’environ 2,5 milliards. Son bénéfice net s’est établi à 370,3 milliards de francs congolais.

Ces performances traduisent la puissance commerciale de l’institution et l’élargissement de sa base de clientèle. Elles ne peuvent cependant être attribuées à un seul dirigeant. Elles résultent également du travail des équipes, des capacités d’Equity Group, de l’héritage commercial de la banque et de la dynamique du marché congolais.

Le véritable apport attendu de Willy Mulamba se mesurera donc moins à la croissance ponctuelle des volumes qu’à la qualité de la transformation engagée.

L’ambition affichée est de faire de la technologie le principal canal d’accès aux services bancaires. Dans un pays aussi vaste que la RDC, où l’implantation d’agences physiques atteint rapidement ses limites économiques, la banque mobile représente bien plus qu’un outil commercial. Elle devient une infrastructure d’inclusion.

EquityBCDC veut ainsi permettre à chaque client de disposer de sa banque dans sa poche. La formule résume l’enjeu : réduire la distance entre l’institution et la population, tout en maintenant des standards élevés de sécurité, de disponibilité et de conformité.

Le secteur informel au cœur de la bataille bancaire

L’un des chantiers les plus révélateurs du mandat concerne le secteur informel. Avec le lancement du Compte Libanga, EquityBCDC cherche à proposer une solution adaptée aux petits commerçants, entrepreneurs et acteurs économiques souvent exclus des produits bancaires conventionnels.

Cette orientation est stratégique. En RDC, l’économie informelle ne constitue pas une périphérie du système productif. Elle en représente une composante centrale. La bancariser progressivement permettrait de sécuriser les transactions, de construire des historiques financiers, de faciliter l’accès au crédit et d’accompagner la formalisation des activités.

La banque participe également au projet TRANSFORME RDC, soutenu par la Banque mondiale, afin d’accompagner les PME et l’entrepreneuriat féminin. Ici encore, l’enjeu dépasse l’ouverture de comptes. Il consiste à convertir l’accès aux services financiers en capacités entrepreneuriales durables.

Pour Willy Mulamba, la transformation d’EquityBCDC passera donc par une question essentielle : comment financer des acteurs dont le potentiel est réel, mais dont les garanties, la documentation ou les flux ne répondent pas toujours aux critères traditionnels de la banque ?

La réponse exigera de nouveaux modèles d’évaluation du risque, une exploitation plus intelligente des données transactionnelles et une meilleure connaissance des chaînes de valeur locales.

La solidité ne dispense pas de la vigilance

La croissance d’EquityBCDC s’accompagne de défis opérationnels importants. À la fin de 2025, les créances en souffrance brutes représentaient encore environ 17 % des créances brutes, malgré une amélioration par rapport au niveau observé quelques mois auparavant.

Les travaux du commissaire aux comptes ont également mis en évidence des insuffisances concernant certains processus de décaissement, le suivi des garanties, l’automatisation d’opérations critiques et l’application de conditions tarifaires.

Ces observations ne mettent pas personnellement en cause Willy Mulamba. Elles définissent néanmoins la profondeur du chantier placé sous sa responsabilité. Une grande banque ne se transforme pas seulement par des applications mobiles, de nouveaux produits ou l’augmentation du nombre de clients. Elle se transforme aussi par la fiabilité de ses processus, la qualité de ses données, la robustesse de ses contrôles et la capacité de ses équipes à appliquer les mêmes standards sur l’ensemble du territoire.

C’est ici que son expérience acquise dans l’environnement de Citi peut devenir déterminante. La culture du contrôle et du risque qui a façonné sa carrière doit désormais être adaptée à une institution plus vaste, plus diversifiée et plus exposée aux réalités de la banque de détail.

Le test d’un leadership bancaire congolais

Willy Mulamba appartient à une génération de dirigeants congolais formés aux standards internationaux, mais désormais appelés à répondre aux contraintes spécifiques de leur propre marché.

Son mandat à EquityBCDC constitue, à ce titre, un test particulièrement instructif. Il permettra de mesurer la capacité d’un dirigeant issu de la banque institutionnelle à conduire une transformation de masse sans affaiblir la discipline financière.

Le défi n’est pas de choisir entre performance et inclusion, entre technologie et proximité, ou entre croissance et maîtrise du risque. Il consiste à faire fonctionner ces impératifs ensemble.

Si Willy Mulamba réussit cette équation, EquityBCDC ne sera pas seulement une banque plus grande. Elle pourra devenir une infrastructure économique capable d’accompagner la formalisation des activités, le développement des entreprises et l’élargissement de la classe entrepreneuriale congolaise.

Son héritage ne se mesurera donc pas uniquement à la taille du bilan ou au niveau des bénéfices. Il se jugera à la qualité du portefeuille, à la fiabilité des opérations, à la profondeur de la transformation numérique et au nombre de Congolais que la banque aura durablement rapprochés du financement.

C’est là que se situe désormais le véritable pouvoir de Willy Mulamba : non plus seulement administrer une institution financière, mais contribuer à redéfinir ce qu’une grande banque peut accomplir dans la transformation économique de la République démocratique du Congo.

Mérimé Wilson

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