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Oswald Mboussa, l’ingénieur qui veut former la génération technologique congolaise

Dans les économies africaines les plus exposées à la transformation numérique, la question n’est plus seulement de consommer la technologie. Elle est de savoir qui la conçoit, qui la maîtrise, qui la transmet et qui en fait un outil de souveraineté. Au Congo-Brazzaville, Oswald Mboussa appartient à cette génération d’ingénieurs-entrepreneurs qui refusent de voir le numérique comme un simple secteur d’opportunité. Pour lui, il s’agit d’un langage de puissance, d’un levier d’éducation et d’un moyen concret de préparer les jeunes aux métiers qui redessinent déjà l’économie mondiale.

À seulement 30 ans, son parcours s’inscrit à la croisée de la formation technique, de l’entrepreneuriat numérique et de l’engagement éducatif. Ingénieur de formation, fondateur d’initiatives technologiques et promoteur d’un apprentissage plus pratique des métiers du digital, il incarne une figure encore rare dans l’écosystème congolais : celle d’un bâtisseur de compétences. Non pas seulement un technicien maîtrisant les langages, les machines et les systèmes, mais un organisateur d’écosystèmes capable de transformer un savoir technique en projet collectif.

Son initiative la plus structurante reste l’OM Institute of Technology Congo, lancé en 2022 avec l’ambition de créer un pôle de formation technologique de haut niveau. Dans un environnement où l’enseignement technique avancé demeure insuffisamment structuré, l’institut veut répondre à un besoin stratégique : former localement des profils capables d’intervenir dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, les systèmes embarqués, la cybersécurité, la robotique, la programmation ou encore les métiers numériques appliqués.

L’enjeu dépasse la simple formation professionnelle. Il touche à la capacité du Congo à produire ses propres compétences, à réduire sa dépendance aux expertises extérieures et à préparer une jeunesse capable de participer aux chaînes de valeur technologiques. À travers ce projet, Oswald Mboussa défend une conviction forte : l’Afrique centrale ne peut pas seulement être un marché pour les solutions numériques importées. Elle doit aussi devenir un espace de conception, d’expérimentation et de production de savoir technique.

Cette vision se prolonge dans plusieurs initiatives communautaires. Avec le Congolese Robotics Club, il contribue à populariser la robotique et l’apprentissage par la pratique. À travers l’association des informaticiens congolais au Ghana, il participe à l’animation d’un réseau de compétences entre diaspora estudiantine, jeunes professionnels et talents technologiques. Son engagement auprès de PyLadies Congo traduit aussi une préoccupation essentielle : ouvrir davantage les métiers du code, de la donnée et de l’ingénierie numérique aux femmes, encore trop peu représentées dans les filières STEM.

Le parcours d’Oswald Mboussa est également marqué par une expérience de terrain. Passé par le SAKACOM Institute au Ghana, il a évolué dans des environnements où la formation technique s’adosse à la pratique, à l’employabilité et à l’ouverture internationale. Son passage comme technicien fibre optique chez Congo Telecom, ainsi que ses expériences dans des institutions publiques, notamment les douanes congolaises, lui ont permis de mesurer l’importance des infrastructures, des systèmes d’information et de la modernisation des services dans le fonctionnement réel de l’État et de l’économie.

Cette double exposition, à la fois publique et privée, technique et entrepreneuriale, donne à son profil une dimension particulière. Oswald Mboussa ne parle pas du numérique comme d’un concept abstrait. Il l’aborde comme une infrastructure, une compétence, une discipline et une culture. Ses domaines d’expertise (data science, vision par ordinateur, IoT, Python, ingénierie informatique ) dessinent le portrait d’un professionnel ancré dans les technologies avancées. Mais ce qui distingue surtout son itinéraire, c’est sa volonté de transmettre et de structurer.

Avec AFRIT Service, son entreprise de conseil et de services technologiques, il accompagne également des PME et organisations locales dans leur transformation numérique. Le sujet est central pour les économies congolaises. La digitalisation des entreprises, souvent évoquée comme un impératif, reste encore freinée par le coût des solutions, le déficit de compétences, la faiblesse de l’accompagnement et la difficulté à traduire les outils numériques en gains réels de productivité. En se positionnant sur ce terrain, Oswald Mboussa tente de rapprocher la technologie des besoins concrets des acteurs économiques.

Son engagement révèle une réalité plus large : la bataille du numérique africain se jouera moins dans les discours que dans la capacité à former, équiper et connecter les talents. Une école, un club de robotique, une communauté de développeurs, un cabinet de conseil, une formation en programmation ou un atelier d’initiation peuvent sembler modestes pris isolément. Ensemble, ils peuvent constituer les premières briques d’un écosystème.

C’est précisément là que se situe la singularité d’Oswald Mboussa. Il ne se contente pas d’accumuler les compétences. Il cherche à créer des passerelles entre l’éducation, l’entreprise, la jeunesse et l’innovation. Dans un pays où les besoins en compétences numériques sont appelés à croître rapidement, cette approche peut contribuer à faire émerger une génération moins dépendante, plus créative et mieux préparée aux exigences de l’économie technologique.

Le futur numérique du Congo ne se construira pas uniquement à travers les grands projets d’infrastructures, les annonces institutionnelles ou les investissements internationaux. Il dépendra aussi de profils comme Oswald Mboussa, capables de faire descendre la technologie dans les salles de formation, les clubs d’apprentissage, les PME et les communautés locales. Code après code, robot après robot, école après école, il trace une voie exigeante : celle d’une souveraineté numérique fondée sur la compétence, la transmission et l’audace éducative.

Michel N

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