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Blaise Mbatshi, du cabinet indépendant à la consolidation de BDO en RDC

Dans les métiers de l’audit et du conseil, les grandes transformations ne se lisent pas seulement dans les changements d’enseigne. Elles se mesurent à la capacité de rapprocher des cultures professionnelles, de conserver la confiance des clients, d’intégrer de nouvelles expertises et de construire une institution suffisamment solide pour accompagner une économie en mutation. La trajectoire de Blaise Mbatshi se situe précisément à cet endroit. Fondateur d’un cabinet congolais devenu, après une décennie, le point d’entrée de BDO en République démocratique du Congo, il dirige aujourd’hui une plateforme appelée à compter dans la recomposition du marché national de l’audit, de la fiscalité et du conseil.

Depuis juillet 2025, Blaise Mbatshi exerce les fonctions de Country Senior Partner et Managing Director de BDO DRC. Cette responsabilité prolonge une opération structurante engagée quelques mois plus tôt : l’arrivée officielle de BDO en RDC, le 1er octobre 2024, à travers l’acquisition de BMCG–Management Consultants, cabinet qu’il avait fondé dix ans auparavant. Derrière cette transaction se dessine un mouvement plus profond. Un acteur local, développé au contact des réalités congolaises, devient le socle d’implantation d’un réseau international dans l’un des marchés les plus complexes et les plus prometteurs d’Afrique centrale.

Le parcours de Blaise Mbatshi permet de comprendre la logique de cette évolution. Formé à l’Université catholique de Louvain, où il obtient un diplôme d’ingénieur de gestion, il complète son cursus par un programme en management international à HEC Paris. Cette formation lui apporte une lecture transversale de l’entreprise, à la croisée de la finance, de la stratégie, de l’organisation et de la gestion des risques. Elle lui permet surtout d’aborder les chiffres non comme une finalité, mais comme un instrument d’analyse des décisions et des rapports de force économiques.

Ses premières expériences professionnelles se déroulent dans des environnements internationaux. À Paris, il intervient sur un projet lié au marché européen du gaz pour Gaz de France, devenu depuis Engie. Il poursuit ensuite son apprentissage au sein de PwC Advisory, où il travaille comme analyste puis comme conseiller dans les services destinés au secteur public. Ce passage par un grand cabinet lui permet de se familiariser avec les exigences méthodologiques du conseil, la structuration des missions et les mécanismes de gouvernance propres aux organisations complexes. Son profil officiel chez BDO met aujourd’hui en avant plus de vingt années d’expérience, avec une spécialisation couvrant notamment l’audit, la fiscalité, le contrôle interne et la gestion des risques.

En 2009, son retour vers les enjeux congolais passe par le ministère des Hydrocarbures, où il exerce comme conseiller chargé des relations extérieures et du renforcement des capacités. Cette étape le place au contact d’un secteur qui concentre une partie des tensions caractéristiques de l’économie congolaise : poids des investisseurs internationaux, technicité des contrats, rôle stratégique de l’État, exigences de transparence et nécessité de développer des compétences nationales.

Il approfondit cette connaissance de l’industrie chez Perenco DRC. D’abord responsable des affaires institutionnelles et de la communication, il prend ensuite la direction de l’audit interne. Ce déplacement professionnel est significatif. Il passe de la gestion de l’environnement externe de l’entreprise à l’examen de ses mécanismes internes de contrôle, de conformité et de maîtrise des risques. Dans une activité pétrolière exposée à des contraintes opérationnelles, financières, réglementaires et réputationnelles élevées, l’audit interne constitue un poste d’observation privilégié sur la manière dont une organisation protège ses actifs et sécurise ses décisions.

Mais la principale rupture de sa trajectoire intervient en 2014. Blaise Mbatshi quitte la position de cadre et de conseiller pour devenir bâtisseur d’une structure professionnelle. Avec BMCG–Management Consultants, il entreprend de développer une offre congolaise couvrant l’audit, la comptabilité, la fiscalité, le conseil juridique et social, la finance d’entreprise ainsi que l’accompagnement des sociétés internationales.

Le projet répond à une faiblesse persistante du tissu économique national. En RDC, de nombreuses entreprises connaissent une croissance rapide sans toujours disposer, au même rythme, des outils de gouvernance, des procédures financières et des capacités managériales nécessaires pour la maîtriser. L’augmentation du chiffre d’affaires, l’ouverture à de nouveaux investisseurs ou la multiplication des implantations ne suffisent pas à consolider une organisation. Elles peuvent, au contraire, amplifier les risques lorsque le contrôle interne, la fiscalité, la comptabilité et la gestion de trésorerie ne suivent pas.

BMCG s’est précisément positionné sur cette zone de fragilité. Durant plus de dix ans, le cabinet a accompagné des entreprises privées, des organisations publiques et des structures associatives dans plusieurs secteurs, parmi lesquels les mines, la banque, l’assurance, l’agriculture, l’immobilier, la santé, les transports et la communication. Son activité s’est étendue au-delà de Kinshasa, avec des clients notamment à Lubumbashi, Muanda et Goma. Cette diversité lui a permis d’accumuler une ressource particulièrement recherchée par les réseaux internationaux : une connaissance concrète du fonctionnement des entreprises congolaises, de leurs contraintes administratives et de leurs besoins de transformation.

L’engagement de Blaise Mbatshi auprès d’Ex-Change-Expertise, qu’il a représenté en RDC entre 2016 et 2025, ajoute une autre dimension à cette construction. L’organisation mobilise des experts seniors au profit d’entreprises implantées dans les économies en développement. Cette activité s’inscrit dans une problématique essentielle pour le conseil en Afrique : la transmission des compétences. Dans ce secteur, la valeur d’un cabinet ne réside pas uniquement dans son portefeuille de clients, mais dans sa capacité à former des professionnels capables de comprendre simultanément les standards internationaux et les réalités locales.

L’intégration de BMCG au réseau BDO, en octobre 2024, marque le changement d’échelle. Elle ne constitue pas simplement l’absorption d’un cabinet local par une marque mondiale. Elle illustre également la valeur stratégique acquise par une structure congolaise ayant construit sa clientèle, ses équipes et sa connaissance du marché. Dans un entretien accordé à The Business Year, Blaise Mbatshi expliquait que BMCG avait apporté à BDO une lecture multisectorielle de l’économie congolaise, ainsi qu’un ancrage opérationnel immédiatement mobilisable.

Une deuxième étape intervient en juillet 2025, lorsque BDO DRC intègre une part importante des associés et collaborateurs de PwC en RDC, dans le contexte du retrait de ce dernier de plusieurs marchés africains. L’opération renforce les capacités de BDO dans des secteurs aussi sensibles que la banque, les mines, les télécommunications, l’énergie et le secteur public, tout en consolidant sa présence à Kinshasa et Lubumbashi. Elle place Blaise Mbatshi au centre d’un exercice délicat : réunir un cabinet entrepreneurial d’origine locale, les processus d’un réseau mondial et des professionnels issus d’une autre grande organisation internationale.

Son mandat ne consiste donc plus seulement à développer une clientèle. Il doit convertir cette concentration d’expertises en une organisation cohérente, préserver l’indépendance indispensable aux métiers de l’audit, attirer les talents, garantir la qualité des missions et installer une culture commune. Dans un marché où les entreprises doivent composer avec la complexité fiscale, la dollarisation, les exigences de conformité, la transformation numérique et la pression croissante des investisseurs sur la gouvernance, la qualité du conseil devient un élément de compétitivité.

Sous sa direction, BDO DRC cherche également à occuper un espace plus large dans le débat économique. Depuis 2026, le cabinet publie des notes consacrées à la conjoncture macroéconomique, au budget de l’État, aux télécommunications ou encore au remboursement des crédits de TVA. La plus récente édition de BDO DRC Economic Insights confirme cette volonté de produire une information structurée à destination des entreprises, des investisseurs, des institutions financières et des pouvoirs publics. Cette orientation transforme progressivement le cabinet en producteur de connaissance économique, et non plus seulement en prestataire de services.

C’est probablement là que se situe désormais le véritable enjeu du parcours de Blaise Mbatshi. Après avoir appris les méthodes des grandes organisations, observé les mécanismes de l’État et de l’industrie pétrolière, puis construit un cabinet indépendant, il doit démontrer qu’une expertise enracinée en RDC peut soutenir une institution aux standards internationaux. Sa trajectoire raconte ainsi autre chose qu’une ascension professionnelle : elle révèle la maturation progressive d’un marché congolais du conseil où la connaissance locale, longtemps considérée comme un simple avantage d’accès, devient un actif stratégique.

La réussite de cette nouvelle étape se jugera moins à la visibilité de la marque BDO qu’à la capacité du cabinet à renforcer la qualité de l’information financière, la gouvernance des organisations et la confiance des investisseurs. Blaise Mbatshi a déjà réussi le passage de l’expertise individuelle à la construction entrepreneuriale. Il lui revient désormais d’accomplir une transformation plus exigeante encore : faire d’un ancrage congolais une institution durable dans l’écosystème africain de l’audit et du conseil.

Mérimé Wilson

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