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Vincent Mwepu Makasa, l’architecte de l’assurance vie congolaise

Formé à la finance à Bruxelles, passé par Euroclear, Andersen et la Banque Internationale pour l’Afrique au Congo, il a fait de la construction d’un marché quasi inexistant le grand chantier de sa carrière. À la tête d’Activa Vie RDC et de l’association qui fédère les assureurs du pays, il incarne une génération de dirigeants décidés à donner à la République démocratique du Congo une industrie assurantielle à la mesure de son économie.

Il y a des trajectoires qui se lisent comme une préparation méthodique à un rendez-vous. Celle de Vincent Mwepu Makasa en fait partie. Directeur général d’Activa Vie RDC, filiale vie du groupe panafricain Activa, il a bâti son parcours à la croisée de la finance, de la communication et de l’assurance, trois disciplines qu’il mobilise aujourd’hui pour un objectif singulier : faire exister un marché de l’assurance vie là où, pendant un demi-siècle, il n’y avait presque rien.

Un itinéraire financier internationalisé

Le socle est académique et résolument tourné vers la finance. Vincent Mwepu Makasa se forme à l’ICHEC Brussels Management School, où il décroche une licence en sciences commerciales et financières, complétée par un passage à l’ETEA de Cordoue, en Espagne. De cette formation naît une culture du chiffre et de l’analyse qui va irriguer toute sa carrière.

Les premières années se déroulent loin du Congo. Analyste crédit au Chili en 1999, il rejoint ensuite Euroclear à Bruxelles comme analyste des opérations sur titres, avant d’intégrer Andersen Luxembourg en qualité de consultant senior, de 2001 à 2004. Ce triptyque, marché du crédit, back-office des titres et conseil, lui confère une compréhension fine des mécanismes financiers que peu de dirigeants du secteur assurantiel congolais maîtrisent à ce degré.

Le retour au pays s’opère en 2004, à la Banque Internationale pour l’Afrique au Congo, la BIAC, où il prend la direction du marketing et du développement. Pendant près de neuf ans, il apprend à traduire des produits financiers complexes en propositions lisibles pour un public congolais encore peu bancarisé. Cette expérience de la relation client et de la structuration d’offres se prolonge à partir de 2013 à la tête d’Océan Ogilvy, où il dirige pendant cinq ans l’une des agences de communication de référence du pays. Rares sont les dirigeants d’assurance à avoir dirigé une agence de communication : Vincent Mwepu Makasa aborde son métier avec la conviction qu’un marché ne se construit pas seulement avec des produits, mais avec de la pédagogie.

Le pari de l’assurance dans un marché en libéralisation

L’année 2018 marque le tournant. Vincent Mwepu Makasa prend la direction générale d’Activa Assurances en République démocratique du Congo, alors que le pays s’apprête à ouvrir un secteur resté sous monopole public pendant près de cinquante ans. La libéralisation effective du marché intervient en 2019, mettant fin à des décennies de position dominante de l’assureur historique et ouvrant la voie à une pluralité d’acteurs agréés par l’Autorité de régulation et de contrôle des assurances, l’ARCA.

Le défi est immense. Au moment de l’ouverture, le marché congolais des assurances se chiffre à peine à quatre-vingts millions de dollars de primes, pour un taux de pénétration inférieur à un demi pour cent du produit intérieur brut, l’un des plus faibles du continent. Vincent Mwepu Makasa y voit non pas un obstacle mais un espace à conquérir : les projections situent le potentiel du marché autour de cinq milliards de dollars sur une décennie. Construire à partir de presque rien devient sa ligne directrice.

En 2020, il prend la direction générale d’Activa Vie RDC, entité dédiée à l’assurance vie, autorisée à souscrire des polices décès, épargne et capitalisation. Le positionnement est ambitieux et social à la fois : permettre aux Congolais de toutes les couches sociales d’épargner pour leurs proches et de se prémunir contre les aléas de la vie. À cette vocation d’inclusion s’ajoute une dimension proprement financière, celle d’adosser des couvertures aux crédits bancaires afin d’abaisser le coût et les critères d’octroi des prêts, et de fluidifier ainsi l’activité économique.

L’ambition territoriale suit la même logique de démocratisation. Activa Vie RDC s’est fixé pour horizon de couvrir les vingt-six provinces du pays, et l’inauguration de la première agence dédiée de son réseau commercial vie à Kinshasa a matérialisé cette volonté de proximité. Sous sa direction, la maison s’appuie sur l’expérience du groupe Activa, présent sur plusieurs marchés africains et attaché à une exigence de qualité de service que traduit sa certification ISO 9001.

Une autorité qui déborde le cadre de l’entreprise

L’influence de Vincent Mwepu Makasa ne se limite pas à la conduite d’une compagnie. Depuis septembre 2021, il préside l’Association des sociétés d’assurances et de réassurance de la République démocratique du Congo, l’ASAR, mandat dans lequel il a été reconduit. À ce titre, il porte la voix collective d’un marché qui compte désormais plusieurs dizaines d’acteurs agréés et dont le volume de primes a plus que doublé depuis la libéralisation, dépassant deux cents millions de dollars.

Cette stature institutionnelle s’est illustrée en février 2023, lorsqu’il a présidé le comité d’organisation de la quarante-septième assemblée générale de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines, la FANAF, réunie à Kinshasa. En accueillant la plus haute instance de l’assurance africaine, la RDC affirmait sa place nouvelle sur la carte continentale du secteur, et Vincent Mwepu Makasa en fut l’un des principaux artisans. Son rôle dépasse même le seul champ de l’assurance, puisqu’il siège depuis décembre 2022 au comité de direction de la Fédération des entreprises du Congo, la FEC, principale organisation patronale du pays.

Bâtir une histoire

Ce qui distingue Vincent Mwepu Makasa, c’est le rapport qu’il entretient au temps long. Là où d’autres cherchent des parts de marché immédiates, il revendique la fierté de poser des fondations. Développer la culture de l’assurance dans un pays où elle fut longtemps absente suppose de convaincre, d’éduquer et d’installer la confiance avant de vendre. C’est un travail de bâtisseur, moins spectaculaire qu’une conquête, mais autrement plus structurant pour l’économie congolaise.

À l’heure où la RDC cherche à diversifier ses moteurs de croissance au-delà des ressources extractives, la profondeur d’un marché de l’assurance et de l’épargne longue constitue un enjeu stratégique. En reliant sa formation financière internationale, son sens de la pédagogie de marché et sa position institutionnelle, Vincent Mwepu Makasa s’est imposé comme l’une des figures qui écrivent, patiemment, ce chapitre encore inachevé.

Mérimé Wilson

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