Huguette Manina Kalala, l’ingénieure devenue stratège du marketing des infrastructures numériques

De la plateforme de facturation de Tigo aux câbles sous-marins de WIOCC, elle a accompli en dix-sept ans une mutation professionnelle rare, celle qui mène de l’ingénierie des systèmes au leadership marketing. Un profil hybride que se disputent les opérateurs, et qui raconte la sophistication croissante de l’économie numérique congolaise.
Les carrières les plus solides du numérique africain commencent souvent loin des projecteurs, dans les salles de serveurs. Celle de Huguette Manina Kalala en est l’illustration. Diplômée de l’Université de Kinshasa en mathématiques et informatique en 2008, avec une spécialisation en réseaux, bases de données et programmation, elle fait ses premières armes la même année chez Cybernet, en support informatique et réseau, avant de rejoindre Millicom, l’opérateur du groupe Tigo en RDC. Elle y restera près de huit ans, d’octobre 2008 à juillet 2016, en gravissant les échelons par la voie la plus exigeante : ingénieure d’exploitation puis, de février 2009 à avril 2014, ingénieure de planification des systèmes, chargée du suivi et de l’optimisation des indicateurs de performance de la plateforme de facturation. Dans un opérateur télécoms, le billing est le cœur du réacteur, là où la technique rencontre directement le chiffre d’affaires. C’est cette position charnière qui amorce sa bascule : en mai 2014, Millicom lui confie la qualité produit, avec pour mission d’améliorer l’expérience et la satisfaction client. L’ingénieure commence à penser marché.
La suite confirme la trajectoire. Chez Orange RDC, qu’elle rejoint en août 2016, elle prend la tête du marketing B2B, fonction qu’elle occupera quatre ans et sept mois, en y ajoutant à partir de juillet 2019 la direction des projets d’innovation. Vendre de la connectivité et des solutions numériques aux entreprises congolaises exige précisément ce qu’elle possède et que peu de marketeurs peuvent revendiquer : la capacité de comprendre techniquement ce qu’elle vend. En mars 2021, Liquid Telecom, acteur panafricain de la fibre et des services numériques, la recrute comme Senior Marketing Specialist à Kinshasa. Deux ans plus tard, en mars 2023, elle franchit une étape supplémentaire en devenant Country Marketing Manager de WIOCC Group pour la RDC, au service d’un opérateur d’infrastructures numériques investi dans les grands systèmes de câbles sous-marins et la connectivité de gros à l’échelle du continent. Après le mobile grand public, le B2B et la fibre, la voici au niveau le plus structurant de la chaîne de valeur, celui de la colonne vertébrale sur laquelle reposent tous les autres.
Signe d’une ambition intacte, elle a repris le chemin des études : depuis septembre 2024, elle prépare un MBA à HEC Liège, qu’elle achèvera en septembre 2026. Membre du réseau Young African Leaders Initiative, intervenante en avril 2024 au Salon E-commerce et Fintech de Kinshasa sur la place des femmes dans l’économie numérique, elle s’est aussi fait connaître par ses tribunes sur l’exigence professionnelle, dont cette formule devenue une référence dans les cercles managériaux de Kinshasa : lorsque nous livrons nos produits et services, nous les livrons implicitement avec une étiquette de nous-mêmes.
Elle-même résume sa singularité en une phrase, celle d’un leadership bâti de l’ingénierie vers le marketing exécutif, au croisement de l’expertise technique, commerciale et stratégique, avec une conviction assumée pour l’inclusion numérique. À l’heure où la RDC cherche à convertir son potentiel démographique en économie connectée, ce type de profil hybride n’est plus un atout parmi d’autres. C’est la denrée la plus rare du marché.
Mérimé Wilson



